|
|
Bienvenue ! |
Mahyeuc Yves et le droit d'asile. |
Retour page d'accueil Retour "Mahyeuc Yves "
LE DROIT D'ASILE EN BRETAGNE.
D'après la législation en usage au Moyen Age, les églises cathédrales, les maisons épiscopales, jouissaient du droit d'asile qui s'étendait à trente pas, quelquefois à soixante pas autour des édifices privilégiés [Note : En basse Bretagne, les « minihy » étaient parfois très étendus. Celui de Tréguier, par exemple, au temps de saint Yves, s'étendait à quatre lieues à la ronde]. Ainsi, tout individu poursuivi pour dettes ou même pour crime, s'il pouvait atteindre les limites de la franchise du regaire et y demeurer, se trouvait par le fait même placé sous la sauvegarde de l'évêque et la justice séculière n'avait aucun droit sur lui. Les officiers de justice ne pouvaient arrêter même un criminel sur le territoire du regaire.
En 1532, Yves Mahyeuc fut obligé de soutenir un procès contre le procureur général devant la Chancellerie de Bretagne pour maintenir ce droit d'asile.
Un jour, des sergents de la cour de Rennes prirent maître Guillaume Lorent, sacriste, assis sur une grosse pierre près de l'église Saint-Pierre, au coin de la muraille et clôture du cimetière [Note : Le cimetière se trouvait au sud de la cathédrale]. Lorent et les autres prêtres, la vigile de l'Épiphanie, avaient pris et emporté du bois qui se trouvait sur les pavés de la ville et des faubourgs de Rennes. C'était la coutume en pareil jour. Les membres de la Psalette avaient droit, s'ils rencontraient dans leur promenade quelques morceaux de bois « à feu non écarré ny mis en état de faire édifice, pouvaient le faire enlever et transporter dans l'intérieur de la cathédrale et en la nef d'icelle, y faire du feu pendant le divin service ».
Lorent se défendit, disant qu'il était sur le terrain du regaire épiscopal. Il fut mis en prison deux jours et deux nuits. Pierre Bourgneuf et Olivier Ferré, vicaires généraux, excommunièrent les sergents et autres participants. Alain Marec, sénéchal de Rennes, fit remettre en liberté Guillaume Lorent, et les sergents vinrent à genoux demander pardon et absolution de l'excommunication. Un certain Guillaume Ory, qui avait participé à la capture de Lorent, fut condamné à payer une somme d'or avec laquelle on fit fabriquer une « traîne » (un chariot) « qui devait servir à traîner les boys la veille de l'Epiphanie ».
On appelait cette traîne Ory, « en signe et pour dénoter qu'elle fut payée par l'argent que paya le dit Guillaume Ory par la dite amende ».
A la suite du procès intenté par Yves Mahyeuc pour soutenir son droit d'asile, le Président de Bretagne, Louis des Déserts, fit faire une enquête qui confirma les droits de l'évêque de Rennes. Mais en 1539 François Ier rendit une ordonnance pour diminuer ce droit d'asile qui avait sa raison d'être à une époque où seuls les tribunaux ecclésiastiques protégeaient officiellement les petits et les innocents en face de la justice parfois expéditive et brutale des seigneurs.
(Abbé Henri Poisson).
© Copyright - Tous droits réservés.