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Mahyeuc Yves, et la translation des reliques. (suite destruction de la Cathédrale de Rennes en 1756) |
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CHAPITRE XIII
- TRANSLATION DES RELIQUES D'YVES MAHYEUC.
La fermeture de la
Cathédrale de Rennes - 1754.
Rennes a connu des jours désastreux au cours de sa longue existence : des sièges, la peste, l'incendie de 1720, et de nos jours les bombardements.
L'histoire des villes est faite de destructions et de reconstructions ; certaines destructions s'imposent, d'autres moins. Il y en a qui sont criminelles. Ce fut le cas pour la démolition de l'antique cathédrale de Rennes. Et dire que l'on crut à l'époque faire œuvre pie !
« Au XVIIIème siècle (et même au début du XIXème), des bijoux d'églises furent démolis pour en bâtir des neuves où pénétrait de toutes parts un jour abondant par de grandes fenêtres à vitres blanches. Rennes, qui n'avait qu'une vieille cathédrale gothique, voulut avoir une église toute neuve. Les voûtes menaçaient ruine ; des lézardes se manifestaient ; plutôt que de réparer, on résolut d'abattre l'édifice tant entier » [Note : DE LA BIGNE-VILLENEUVE, Mélanges d'Histoire et d'Archéologie bretonnes, t. II. p. 130].
Les tours actuelles de la cathédrale venaient d'être achevées. Leur construction, commencée sous l'épiscopat d’Yves Mahyeuc, avait duré cent soixante ans environ (1541-1704). Elles juraient, disait-on, avec le vaiseeau de style ogival, ce style barbare...
En 1674, des experts avaient constaté son état vétuste.
En 1687, un procès-verbal est rédigé à l'effet de constater le mauvais état de l'église « dont la ruine et l'indigence augmentent de plus en plus ».
En 1700, une nouvelle requête est adressée à M. de Rointel, intendant de leretagne, disant qu'il « était à propos et même nécessaire pour en prévenir la chute d'abattre la cathédrale et de la rebastir à neuf ».
Cependant la cathédrale continue à dresser sa masse au milieu des ruines de l'incendie en 1720...
En 1725, le célèbre architecte Gabriel vint à Rennes procéder à la reconstruction de la ville incendiée. Lui aussi condamna la cathédrale et renouvela la condamnation en 1731. Vingt ans plus tard elle était toujours debout, et l'ingénieur de la ville de Rennes, Chocat de Grandmaison, faisait entendre un autre son de cloche [Note : C'est lui qui fit démolir un clocher qui se trouvait à l'extrémité du transept nord]. Après avoir visité l'édifice de fond en comble, il écrivait « Il résulte de toutes mes remarques qui sont vrayes, qu'il n'y a rien à appréhender dans l'église », à condition toutefois « que la couverture soit remise en bon état, que l'on rétablisse la charpente des bas-côtés du chœur, etc. ».Tout cela avait été dit et redit depuis 1674, mais pratiquement rien n'avait été fait sérieusement, faute de crédits sans doute, et aussi parce que cette vieille cathédrale était condamnée dans l'esprit des gens : elle ne répondait phis au goût du jour. Quelques années plus tard on avait condamné l'église de Saint-Germain à disparaître, parce que « caduque », et les pierres devaient être employées « pour la perfection de l'église Saint-Pierre », alors en reconstruction.
Ce qui devait arriver, et ce que tout le monde souhaitait à cette époque, arriva : le 11 février 1754, au moment des vêpres, une grosse pierre se détacha de la voûte du déambulatoire de l'abside. De nos jours, on aurait sans doute tout mis en œuvre pour empêcher une ruine irrémédiable. Au XVIIIème siècle on précipita la ruine [Note : Cf. G. NITSCH, Notices historiques, Larcher, 1929].
Le 25 du même mois, Mgr de Vauréal, évêque de Rennes, décida de cesser le service divin et l'office canonial à dater du 27 suivant, à neuf heures du matin, et de transporter le Saint Sacrement dans la chapelle de l'Hôtel-Dieu, rue Saint-Yves. Le 2 juin, une ordonnance royale [Note : En obtenant un décret pour la destruction de la cathédrale, on espérait forcer le gouvernement à en construire une autre dans le goût de l'époque] exigeait la prompte démolition de l'édifice. Cela ne traîna pas. On n'avait pas trouvé de l'argent pour réparer la vieille cathédrale, on en trouva pour la démolir. Le travail de démolition et de déblaiement fut terminé en 1756. Chocat de Grandmaison avait demandé 4.400 livres pour la restaurer. On en dépensa 15.000 pour la détruire...
Ainsi de cette église aux proportions respectables : 114 mètres du parvis jusqu'au fond de la chapelle absidiale, avec- une nef de 22 mètres de large, qui offrait un curieux mélange de tous les styles du Moyen Age, qui avait vu prier des générations chrétiennes, il ne reste plus rien [Note : Elle était plus élevée que l'actuelle ; on voit encore dans les tours un arc gothique qui indique la hauteur des voûtes]. Le pic des démolisseurs n'a rien respecté [Note : Les pierres de grain Turent transportées place des Lices, les moellons dans les contre-allées du Mail et les gravois dans les Fossés du Mail]. Un jour, les brillants vitraux des XVème et XVIème siècles, gloire de nos verriers rennais, qui rivalisaient de finesse pour le dessin et l'harmonie des couleurs avec les œuvres des meilleurs, se brisèrent sur les décombres et disparurent dans le nuage de poussière qui accompagna leur chute.
Poullain-Duparc, le grand jurisconsulte du temps, exprime la mentalité des gens du XVIIIème siècle, lorsqu'il écrit : « En Bretagne, on ne peut obliger les décimateurs à réparer les verrières ; on ne trouverait aucun ouvrier capable, et ces vitres ne sont plus regardées comme un ornement et ne servent qu'à assombrir les églises (1763) ».
Seul, le magnifique retable du XVème s., devant lequel Yves Mahyeuc célébra les saints mystères, trouva grâce devant les « barbares » du XVIIIème siècle.
En évoquant le souvenir de l'ancienne cathédrale de Rennes, vétuste, certes, on ne peut s'empêcher de parler du vandalisme destructeur qui a présidé à la ruine de tant de merveilles d'art. « Dans les trente ou quarante années qui ont précédé la Révolution, une sorte de frénésie semble s'être emparée des Corps capitulaires les plus attachés jusque-là aux antiques traditions et aux vénérables coutumes de leurs églises. Chanoines séculiers et réguliers, moines noirs et moines blancs, abbesses et moniales rivalisent dans leur acharnement à détruire les œuvres d'art, même les plus dignes de respect et d'admiration et les plus sacrées que le génie et la piété du Moyen Age avaient accumulées dans leurs églises. Le magnifique patrimoine d'art accru de génération en génération, contemplé avec tant d'amour et de fierté et de légitime admiration par chacune d'elles, se vit allégrement sacrifié au goût déplorable du jour, à la tyrannie des préjugés courants, et les plus merveilleux joyaux de nos églises disparurent dans une effroyable hécatombe » [Note : Liturgia, Blond et Gay, 1943, p. 180].
Toutefois, dans cette folie de destruction il y avait des intérêts particuliers à sauvegarder : « ceux des seigneurs qui, suivant le droit féodal, avaient dans l'ancienne église des chapelles prohibitives, tombeaux et autres droits honorifiques qu'on voulait bien conserver dans la nouvelle cathédrale ».
L'intendant de Bretagne, Le Bret, fut chargé en 1755 [Note : Il s'écoula un an entre le décret de fermeture de l'édifice et le procés-verbal, et la voûte n'était pas encore tombée !] « de faire dresser le procès-verbal de tous les monuments et intersignes qui existaient alors dans les diverses parties de l'église et les accompagna d'un plan par terre de l'édifice. C'est le seul document qui peut donner une idée de l'ancienne cathédrale de Rennes, dont on n'a conservé ni dessin ni croquis » [Note : Pouillé Historique, t. I, p. 271].
Dans ce procès-verbal, on ne releva bien entendu que les détails héraldiques. Pour les experts, seuls ces détails avaient de l'importance [Note : Mélanges d'Histoire et d'Archéologie, op. cit.].
En voici quelques passages particulièrement intéressants :
« Le chœur est éclairé par onze vitraux peints à l'antique... Sur le vitrail du milieu, au-dessus du grand autel, des figures de saints sans aucunes armoiries » (Donc, pas d'intérêt...).
« Dans une petite sacristie située derrière la chapelle de saint Yves Mahyeuc, nous avons vu qu'elle était éclairée par deux vitraux ; celuy du fond d'icelle est chargé d'un écusson qui porte d'azur à deux étoiles d'or en chef et d'une tête de lièvre en poincte de même.
Dans la chapelle de saint Sébastien, située à l'extrémité des bras de la croix de l'église, du côté de l'épître du chœur, nous avons remarqué dans le grand vitrail qui éclaire la croix de l'église plusieurs figures de saints peintes sur le verre sans aucun écusson ».
Ce texte permet de penser qu'Yves Mahyeuc était toujours regardé comme un saint. D'ailleurs le procès-verbal s'étend longuement sur l'ouverture de sa tombe, et le nombre impressionnant de hauts dignitaires ecclésiastiques et civils qui assistèrent à l'exhumation indique assez l'intérêt que l'on portait aux restes de celui qui avait plus que tout autre illustré le siège de Rennes.
« Avenant le vendredy vingt-six de mars audit an mil sept cent cinquante six [Note : Deux ans après la chute d'une pierre de la voûte], sur les trois heures de l'après-midi, Nous, Pierre-Jean-Baptiste Nivet, subdélégué de l'Intendant de Bretagne au département de Rennes, ayant eu avis que l'autel de Saint-Sébastien était totalement démoly, nous nous sommes transportés en compagnie du Sieur Chocat de Grandmaison, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées ; Curé, commissaire de Police de cette ville de Rennes, et Aufray, notre adjoint, dans l'église cathédrale Saint-Pierre de Rennes, pour continuer la fouille des tombeaux qui sont tant derrière que sous l'autel et autour d'iceluy et avons pris de nouveau le serment dudit sieur Aufray de se comporter fidellement dans l'état et office de notre adjoint, ce qu'il a promis la main levée. Nous y avons trouvé Monsieur Le Moyne de la Borderie, official et grand-vicaire général de Mgr l'Évêque de Rennes, MM. les abbés Picault de la Pommeraye et Hervagault, chanoines et députés du Chapitre. M. Garnier, recteur de la paroisse Saint-Martin de cette ville et promoteur, Messieurs les dignitaires et chanoines de la dite église, lesquels étaient revêtus de leurs surplis et habits de chœur, le sieur Chevalier, greffier de l'Officialité, le sieur Soulâtre, appariteur, les RR. Pères Dubot, prieur, et le Breton, sous-prieur des religieux de l'Ordre de Saint Dominique de cette ville, Messire Marie-Joseph Grignard, chevalier, Seigneur de Champsavoye, commissaire des Etats de Bretagne, Messire Pierre Jean, François de Kermel, chevalier, Seigneur des Aulnays, M. Dutertre, connétable de cette ville, M. de la Morlaix des Prés, procureur-syndic de la dite ville, tous deux commissaires des Etats de Bretagne, Mr. de Chateaubriand, recteur de la paroisse Saint-Etienne, M. de la Roussellière du Châtelet, avocat au Parlement de Rennes, et un grand nombre d'autres personnes, tant ecclésiastiques que séculières, et avant d'ouvrir le tombeau de Mr. Yves Mahyeuc, évêque de Rennes, nous avons envoyé avertir Monsieur Le Bret, Intendant de Bretagne, qui avait été invité par Messieurs du Chapitre à se trouver à l'ouverture du tombeau. Mr. Le Bret étant arrivé environ vers les quatre heures de l'après-rnidy, aussitôt, Mr. le Promoteur a requis qu'on démolit le tombeau de M. Yves Mahyeuc, qui s'est trouvé derrière l'autel de Saint-Sébastien.
Nous avons trouvé une arcade dans le mur, sous le grand vitrail du bas de la Croix de l'église, vers midy, construite en Taillebourg, de sept pieds de large, sur même auteur, de dedans en dedans, les piedroits, pilastres et contours de cette arcade ornés des trophées de la Passion sculptés, peints et dorés ; dans laquelle arcade est un tombeau en maçonnerie de quatre pieds de hauteur, recouvert d'une pierre de grain de sept pieds de longueur, sur deux pieds et demi de largeur, avec moulures dans le devant et aux extrêmitez, le devant de ce tombeau en pierre de Taillebourg, sculpté et peint de même que le contour de la dite arcade ».
Suivent la description des armes d'Yves Mahyeuc et les inscriptions déjà mentionnées.
« Ce tombeau ayant été démoli par ordonnance de Mr. Le Moyne de la Borderie, official, et sur le réquisitoire de M. le Promoteur [Note : Le promoteur, dans le tribunal de l'officialité, tient le rôle du procurrur dans les tribunaux civils], nous avons trouvé dessous un cavot de sept pieds de longueur, deux pieds quatre pouces de profondeur en terre, construit en maçonnerie de brique, chaux et ciment, recouvert par une grande pierre de grain de sept pieds, dix pouces de longueur, sur trois pieds de largeur, laquelle était de niveau avec le sol du pavé de l'église cathédrale et sur la partie extérieure et apparente de laquelle il ne s'est trouvé aucune inscription ny écusson,… dans lequel cavot nous avons trouvé un cercueil de plomb de six pieds de longueur sur dix-huit pouces de largeur au bas et un pied de hauteur. de forme ronde par le dessus, autour duquel cercueil étaient cinq planches de bois de chesne et un morceau de planche à chaque bout, sans aucun assemblage, ce qui formait un double cercueil, lesquelles planches se sont trouvées à moitié pourries ; ensuite de quoi, M. Le Moyne de la Borderie, official et grand-vicaire, a ordonné sur le réquisitoire de Mr. le Promoteur, que le dit cercueil fut transporté dans la seconde sacristie pour être sur le champ ficelé et cacheté, attendu qu'il était impossible de l'ouvrir, étant sept heures du soir, et que d'ailleurs la grande affluence du monde de tous les états, que l'ouverture du dit tombeau avoit attirée, ne le permettoit pas. Et en l'endroit, Mr. Le Moyne de la Borderie, sur le réquisitoire de M. le Promoteur, a fait ficeler le dit cercueil en notre présence et y a fait apposer quatre scellés, savoir deux armes de Mgr. l'Evêque de Rennes, et deux autres du Chapitre (sede vacante), vu que le greffier du Chapitre étoit saisi du sceau ordinaire et ne le trouva pas pour le représenter, et ensuite l'on a fermé la porte de la dite sacristie, et Mr. l'abbé de la Borderie s'est saisi de la clef et sur la serrure y a été apposé les mêmes sceaux ».
Le lendemain, vers les neuf heures du matin, se retrouvaient dans la sacristie les mêmes personnages qui avaient assisté à l'ouverture du tombeau...
« Mr. le Promoteur a requis que les scellés apposés le jour d'hier sur la porte de la seconde sacristie fussent levés, après en avoir fait la vérification, ce qui a été fait par ordonnance de Mr. l'Official et la porte étant ouverte, nous avons tous entrés dans la ditte sacristie… » (Puis vérification des scellés du cercueil). Ces préliminaires achevés, « Mr. l'Official en a ordonné la levée des scellés et que le cercueil fut ouvert pour voir en quel état se trouveroit le corps de Mr. Yves Mahyeuc, et pour cet effet on a mandé le sieur Ducloyer, plombier, lequel ayant presté serment, la main levée, de se comporter fidèlement, a fait l'ouverture dudit cercueil, il nous a fait remarquer différentes soudures mises après coup, et différents morceaux rapportés pour rejoindre le dessus dudit cercüeil avec son contour, ce que le dit Ducloyer nous a même déclaré en nous faisant remarquer qu'il avait été mis en-dedans, quatre demi-cercles de fer pour en supporter le dessus, un de ceux du milieu s'est trouvé rompu en deux ; il nous a fait observé que le dit cercueil était totalement pourri en dessous, même dans les costés de distance en distance, à la hauteur de trois ou quatre doigts et qu'il ne tenait que par son contour, et que la planche qui s'est trouvée dessous, quoique a demi pourrie, a empêché de tomber à terre une partie de ce que le dit cercueil contenait. Après quoy, Mr. le Promoteur a requis qu'il fut appelé un médecin et des chirurgiens pour constater l'état où se trouverait le corps de M. Yves Mahyeuc ; le sieur Main de la Boujardière, doyen des médecins de cette ville et médecin du Parlement de cette Province, et les sieurs Cornu et Clairet, chirurgiens jurés ayant été mandés par Mr. l'Official, ont les uns et les autres presté serment, la main levée, de se comporter fidellement dans leur rapport, et après avoir fait un sérieux examen, ils nous ont déclaré qu'il n'y avait plus qu'une partie du corps humain, sans aucune odeur d'aromate ny de foetidité, que les os du crâne et de la face étoient presque consommés, n'en ayant trouvé que quatre morceaux de la grandeur d'un écu, auxquels il s'est trouvé des cheveux encore attachés et plusieurs autres petits morceaux extrêmement mous, le reste en cendre ; ils nous ont pareillement fait voir que les vertèbres du cou étoient consommées, égallement que celles du dos, à l'exception de deux ; le sternum et les costes, qu'il y a une portion considérable de costes attachée à la pleure, et muscles intercostaux, du costé droit, le tout de la largeur de la main avec la peau. Ils nous ont aussi fait voir les deux humérus, séparés de leurs têtes, et quelques portions du radius, de la clavicule et du carpe étant très mous et presque consommés ; à l'égard des vertèbres et des lombes, il s'en est trouvé six entiers et en leur scittuation naturelle, et la peau du dos n'étant pas encore consommée, y en ayant des morceaux environ de la largeur de la main ; les capacitez de la poitrine et de ventre inférieur se sont trouvées remplies d'une matière noirâtre à peu près comme du bois pourry, et sans aucune odeur. A l'égard des parties inférieures, ils nous ont fait remarquer l'un et l'autre os des isles de l'ischion dans leur scittuation, également que l'os sacrum dans sou entier, l'un et l'autre fémur en leur scittuation naturelle, mais les deux tibias presque sans leurs apophises, un astragalet, plusieurs osselets des extrémités, plus qu'à demy-consommés et très molasses, et quelques restes de phalanges, tant des mains que des pieds, de petits restes également des perronez, le surplus ne pouvant se distinguer, étant presque totallement consommé...
Mr. le Promoteur a requis qu'il eut été rapporté procès-verbal des vêtements et ornements qui se trouvaient dans le dit cercueil... Il s'est trouvé plusieurs oreillers ou petits matelas d'étoffe de laine dont on ne peut distinguer la couleur, remplis de bourre de veau ou de filasse, dont le dessous est presque pourry, lesquels supportaient tout le corps de Mr. Yves Mahyeuc, une mytre en taffztas (blanc sans doute) et un camail de soye, le tout en petits morceaux, une calotte d'étoffe de laine noire et doublée d'une autre étoffe blanche qui a pris une couleur jaunâtre [Note : La calotte violette n'aurait été autorisée que sous Pie IX, bien que portée depuis longtemps par les évêques], une partie de la tunicelle, du scapulaire et de robe de laine blanche, telle que portent les religieux de Saint-Dominique ; on y a trouvé aussi quantité de petits morceaux de soye des tunicelles que portent les évêques, le tout ayant pris une couleur jaunâtre, une crosse de bois en plusieurs morceaux et presque pourris, un anneau d'or avec une pierre de cornaline gravée portant une teste dont nous avons fait une empreinte en cire rouge en marge du présent procès-verbal.
Et sur le réquisitoire de Mr. le Promoteur, Mr. l'Official a ordonné que le dit anneau serait remis aux mains de Messieurs les dignitez et chanoines du Chapitre pour être par eux représenté toutes les fois qu'ils en seront requis, ce qui a été fait en notre présence entre les mains de Messieurs les abbés Picaud de la Pommeraye et Hervagault, chanoines et députés du Chapitre.
Et sur ce que le cercueil de plomb où sont renfermés les ossements, cendre et habillements de M. Yves Mahyeuc, évesque de Rennes, est totalement pourry par le dessous et par les costés et hors d'état de pouvoir conserver ce qui en reste, Mr. le Promoteur a requis qu'il fut fait un autre cercueil de plomb pour les y déposer, ce qui a été ordonné sur le champ ».
Le sieur Ducloyer demanda huit à dix jours pour fournir un nouveau cercueil.
La Commission se réunit le 8 avril suivant (mêmes personnages et même cérémonial) pour la translation des restes d'Yves Mahyeuc dans le nouveau cercueil. Les médecins et chirurgiens « ont mis les parties distinguables et osseuses dans du cotton, ils les ont enveloppées dans du papier et liées avec un ruban de soye blanche, et en ont formé huit paquets sur chacun desquels il a été apposé le cachet de Mgr. l'évesque de Rennes et celuy de Messieurs du Chapitre.
Dans le premier il a été renfermé plusieurs morceaux de la peau du dos et sur le dit paquet sont écrits ces mots : Corium dorsale.
Sur le second paquet qui renferme une portion de la peau des costes, muscles intercostaux, de la pleure, est écrit : Corium costae cum pleura et musculis intercostalibus.
Sur le troisième paquet contenant plusieurs petits os du crasne, de la clavicule et du carpe est écrit : Ossicula cranii, claviculae et carporum.
Sur le quatrième paquet contenant six vertèbres des lombes et les os du dos est ecrit : Sex vertebrae lumborum, duae dorsales.
Sur le cinquième paquet qui renferme un humerus, les têtes des humerus et petits os du radius est écrit : Humerus, capita humerorum, ossicula radiorum.
Sur le sixième paquet contenant les os les plus considérables du crasne avec des cheveux et de la mâchoire supérieure est écrit : Reliquiae cranii et maxillae superioris.
Sur le septième paquet contenant les deux ischions et des isles, l'os sacrum en entier, est écrit : Utrumque os ischium et os sacrum.
Sur le huitième paquet qui renferme les deux fémurs ou os des cuisses, les tibias et plusieurs osselets des extrémités inférieures, est écrit : Duo foemora, tibiae et ossicula plurima extremitatum.
Ces huit paquets ont été remis dans le nouveau cercueil de plomb qui est de longueur de cinq pieds trois pouces de hauteur ; à l'égard des cendres, vêtements et ornements, ils ont été pareillement enfermés dans le même cercueil avec les quatre demi-cercles de fer et tous les morceaux de l'ancien cercüeil de plomb qui s'en sont trouvés détachés...
Le cercüeil fut soudé le vendredi 9 avril en présence des mêmes autorités par le sieur Ducloyer. Mr. l'Official a fait apposer le cachet de Mgr. l'Evêque de Rennes, à la teste, aux pieds et aux deux costés du dit cercueil sont gravés ces mots :
« Hic ossa et cineres Yvonis Mahyeuc Armorici dioecesis Leonensis, ordinis praedicatorum, D. D. episcopi Redonensis, viri virtutibus heroicis nominatissimi, - Etiam et miracules, de quibus inquisitio Solemnis ad Sedem Apostolicam transmissa - Est, expectant, ut reliquis beatorum annumerentur. Obiit anno Di 1541 - Die 28a Septembris, effossus est loculus prior - Die 26a Martii anni 1756, collabente per vetustatem ecclesia Sancti Petri Redonensis et in presentem mutatus Die nona Aprilis ejusdem anni » [Note : Ici, les ossements et les cendres d'Yves Mahyeuc, du diocèse de Saint-Pol-de-Léon, en Armorique, de l'Ordre des Prêcheurs, seigneur-évêque de Rennes, homme remarquable par ses vertus héroïques et même par ses miracles, au sujet desquels une enquête solennelle a été transmise an Siège apostolique, attendent d'être comptés avec les reliques des Bienheureux. Il mourut en l'an du Seigneur 1541, le 28 septembre. Le premier caveau fut ouvert le 26 mars 1756, en raison de la démolition de la cathédrale Saint-Pierre croulant de vieillesse ; il fut changé en l'actuel le 9 avril de la même année].
Les armes d'Yves Mahyeuc furent gravées dans le haut du cercüeil.
Après quoi Mr. le Promoteur a requis qu'il eut été sur le champ fait une boëte de bois de largeur et longueur convenable pour enfermer l'ancien cercüeil de plomb de M. Yves Mahyeuc, ce qu'ayant été fait en exécution de l'ordonnance de Mr. l'Official, on a mis en notre présence, dans la dite boëte de bois l'ancien cercüeil, dans lequel l'on a placé le Nouveau, à laquelle boëte il a été placé une serrure, et sur le champ, Mr. l'Official, sur le réquisitoire de Mr. le Promoteur, l'a fait placer dans le cavot qui a été construit pour la sépulture de MM. du Chapitre » et qui avait été solennellement bénit le 9 mars précédent.
Tous les tombeaux de la cathédrale furent ouverts. Dans celui d'Isabeau de Bretagne, sœur de la duchesse Anne, on retrouva des restes de cheveux entourés de perles, des vêtements de fourrure et de velours et quelques ossements. On retrouva les ossements de quelques évêques [Note : Alain de Châteaugiron (1327-1328). — Raoul de Tréal (1364-1383), qui avait béni la première pierre du couvent de Bonne-Nouvelle. — Guillaume Brillet (1427-1447). — Michel Guibé (1482-1502). — Bertrand de Marillac, franciscain, mort en odeur de sainteté (1565-1573). — Aymar Hennequin (1573-1596). — François Larchiver, lui aussi de basse Bretagne (1602-1619). — Pierre de Cornulier (1619-1639). — Jean-Baptiste de Beaumanoir (1677-1711). — Charles-Louis Le Tonnelier de Breteuil, qui lutta énergiquement contre les jansénistes (1723-1732)].
Les restes d'Yves Mahyeuc et de tous ces personnages indiqués en note furent déposés dans la crypte ou « cavot » qui est creusée dans la nef de la cathédrale et qui existe toujours. C'est une salle voûtée de onze mètres de long sur quatre métres de large. La dalle d'entrée a été gravée d'un losange et se trouve à la hauteur de la quatrième colonne à partir du bas de l'église. Jusqu'à la Révolution on y enterra quelques chanoines. Les travaux de reconstruction de la cathédrale furent très lents ; en 1789, les murs avaient atteint cinq mètres. La Révolution empêcha la continuation des travaux. Le 7 avril 1844 seulement, la cathédrale fut ouverte au culte.
Le peuple avait perdu le souvenir de la translation de 1756, mais les historiens et les archéologues avertis, comme MM. Le Moyne de La Borderie et de La Bigne-Villeneuve, ne l'ignoraient pas. Cependant l'endroit précis où se trouvait la crypte restait inconnu. En 1872, Mgr Saint-Marc, premier archevêque de Rennes, soucieux de rattacher le présent au passé, ordonna de faire des recherches pour retrouver l'emplacement de la chapelle souterraine. Il espérait y trouver les restes précieux d'Yves Mahyeuc. La crypte fut repérée, mais quand on y descendit, seuls quelques ossements épars et sans inscription jonchaient le sol. On en a conclu qu'au moment de la Révolution le tombeau qui renfermait les châsses de plomb fut ouvert afin de récupérer ce métal précieux pour la « Nation » [Note : Un peu plus même, on aurait sans doute complètement oublié le caveau funéraire. En 1770, Mgr Bareau de Girac, évêque de Rennes, du consentement de Martin du Bellay, abbé commendataire de Saint-Melaine, sollicita de Rome une bulle partant extinction de la mense abbatiale du vieux monastère de Rennes, et union de ses revenus et droits à la mense de l'évêché de Rennes. Il voulait détruire l'abbaye, prendre une partie des jardins et transformer l'autre en promenade publique. L'église de Saint-Melaine devait être agrandie et servir de cathédrale. Plus tard, sous, Napoléon, on eut l'idée de bâtir une halle sur l'emplacement de l'ancienne cathédrale. Dans la suite, des travaux entrepris dans la cathédrale mirent à jour d'autres ossements. Ils ont été déposés dans le sous-sol de la sacristie nord. Ces renseignements m'ont été communiqués par M. le chanoine Dupart, alors que je faisais fonction de sacristain à la cathédrale, au début de la guerre 1914-1918].
Un décret avait en effet ordonné de fouiller tous les tombeaux pour en retirer le plomb.
La déception fut grande pour tous. Mgr Saint-Marc demanda de rassembler dans une même châsse tous ces ossements parmi lesquels se trouvaient ceux d'Yves Mahyeuc.
Lettre de Mgr l'Archevêque de Rennes à l'occasion de la translation des restes des évêques de Rennes enterrés dans l'ancienne cathédrale [Note : Semaine Religieuse, 26 octobre 1872].
« TRÈS CHER CURÉ,
Lorsqu'en 1756 on fut
obligé de démolir l'ancienne cathédrale qui menaçait ruine, l'évêque du temps,
Mgr Guy de Vauréal, de concert avec Messieurs du Chapitre, fit recueillir avec
respect les cendres de ceux de ses vénérables prédécesseurs qui avaient été
inhumés dans cette église et les déposa dans le caveau funéraire pratiqué sous
la grande nef. Au nombre de ces vénérables défunts figuraient les noms des
prélats qui avaient le plus illustré le siège épiscopal de Rennes par leur
naissance, leur science et leur vertu. Celui du Bienheureux Yves Mahyeuc y
brillait avant tous les autres par l'auréole de sa sainteté que lui avait
décernée la voix unanime du peuple rennais.
Dans cet asile de la mort, sacré pour tous les temps, même pour les peuples sauvages, ces grands morts semblaient être assurés de reposer en paix jusqu'à leur résurrection glorieuse. Mais nous touchions à ces jours de douloureuse mémoire où rien ne devait plus être sacré en France, pas même la majesté de la tombe. Aussi pendant qu'à Saint-Denis on profanait la cendre de nos rois, à Rennes on pénétrait dans le caveau funèbre de nos évêques, où, après s'être emparé de quelques morceaux de métal qui recouvraient leurs vénérables restes, on jetait pour ainsi dire à la voirie, sur les dalles humides, leurs ossements profanés.
Faisant exécuter à
notre métropole les grands travaux que vous savez, très cher Curé, nous avons
été mis à même de contempler ce douloureux spectacle et nous en avons été ému
plus que nous saurions le dire. Aussi est-ce tout à la fois pour satisfaire
notre cœur d'évêque et pour réparer autant qu'il est en nous ce que nous
regardons comme une sorte de sacrilège, que de concert avec nos vénérables
frères les chanoines et chapitre de notre église métropolitaine nous avons
résolu d'offrir à la mémoire de nos saints prédécesseurs une cérémonie funèbre
expiatoire, dans laquelle leurs ossements, après un service solennel, seront
révérencieusement transportés du chœur où ils auront été exposés sous un
catafalque, dans le susdit caveau situé sons la grande nef, pour y être
respectueusement déposés dans un sarcophage en granit sur le devant duquel
figureront, inscrits en lettres d'or, les noms de ces illustres morts confondus,
il est vrai, dans la même tombe, mais aussi dans le même hommage d'expiation et
de respect ».
GODEFROY, Archevêque de Rennes.

Le service funèbre fut célébré à la cathédrale le 5 novembre 1872 et les restes précieux reprirent le chemin de la crypte. On dressa au-dessus de l'enfeu un autel [Note : Depuis 1872 on a ouvert deux fois la crypte : en 1930 et en 1939, pour y déposer les corps du cardinal Charost et de Mgr Mignen]. C'est un bloc de granit surmonté d'une croix et de deux candélabres en pierre blanche. De chaque côté, dans le mur, sont aménagés six tombeaux on logettes, ils sont marqués en saillie et étaient surmontés d'une croix ; une seule est restée debout, une est couchée, deux sont brisées ; les huit autres ont disparu. Sur la face de l'autel est fixée une plaque en marbre sur laquelle est gravée l'inscription suivante :
Hic in Christo requiescunt ossa veneranda
episcoporum Rhedonensium : D. D. Yvonis Mahyeuc, virtutubus et miraculorum
fama percelebris de quibus et solemnis inquisitio ad apostolicam sedem
transmissa est.
+ Alani de Châteaugiron.
+ Radulphi de Tréal.
+
Guillelmi Brillet.
+ Michaëlis Guibé.
+ Bertrandi de Marillac.
+ Aemari
Hennequin.
+ Francisci Larchiver.
+ Petri de Cornullier.
+ Joan-Baptist
de Beaumanoir de Lavardin.
+ Caroli Le Tonnellier de Breteuil.
Insuper et
ossa Isabelloe Britannioe sororis ducissoe Annae cum plurimis aliis ignotis.
Effossa, templo ruinam agente, in hoc Canonicorum conditorio deposita auno
1756, dum hic expectant ut, reoedificata Ecclesia, propriis tumulis
restituantur, impiorum jussu suis etiam spoliata sunt loculis anno ferali 1793.
Quoe tandem reperta promiscue jacentia et insepulta non ferens. Ill
Archiepiscopus Godefridus S. Marc, Rhedonensis, piaculari studio colligenda
statuit et suffragentibus
Ecclesioe suoe
Metropolitanoe Canonicis, in hoc communi sepulchro, decenter reposuit anno
Dni 1872, dié 5 novembris.
Qui dedisti eis requiem, dona nobis pacem [Voir
note qui suit pour la traduction].
Note : Voici la traduction presque littérale de cette inscription : Ici reposent dans le Christ les vénérables ossements des évêques de Rennes : NN. SS. Yves Mahyeuc, célèbre par ses vertus et l'éclat de ses miracles pour lesquels une enquête selon les formes traditionnelles a été introduite auprès du Siège apostolique ; Alain de Châteaugiron, Raoul de Tréal, Guillaume Brillet, Michel Guibé, Bertrand de Marillac, Aymar Hennequin, François Larchiver, Pierre de Cornulier, Jean-Baptiste de Beaumanoir de Lavardin, Charles Le Tonnelier de Breteuil, ainsi que ceux d'Isabelle de Bretagne, sœur de la duchesse Anne, et de nombreux personnages inconnus. Leurs restes exhumés de l'église qui menaçait de tomber en ruines avaient été déposés en 1756 dans cette crypte affectée à la sépulture des chanoines, en attendant que la réédification de l'église permit de les replacer dans chacun de leurs tombeaux. Mais aux sombres jours de 1793, une loi sacrilège vint les dépouiller même de cet asile provisoire. Emu de les retrouver gisant ainsi confondus et non ensevelis, l'Illustrissime Archevêque de Rennes, Godefroy Saint-Marc, les fit recueillir avec un pieux zèle et, aidé des chanoines de son église métropolitaine, les fit déposer avec honneur dans ce tombeau commun, le 6 novembre de l'an du Seigneur 1872. O Toi qui leur as donné le repos, donne-nous la paix !
(Abbé Henri Poisson).
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